Le très introduit magazine panafricain dont le siège est curieusement à Paris, vient de pondre un long article dont l’objectif est d’officialiser la confirmation de l’actuel Sgpr à son poste. Même si le journal de Béchir Ben Yamed est régulièrement privilégié par Etoudi au détriment des médias locaux, il est difficile d’être péremptoire face à cette information. Pour qui maîtrise les habitudes du maître des horloges, qui tient en haleine les Camerounais depuis plus de quatre décennies de pontificat présidentiel. Analyse.
Une communication pour adouber Ngo Ngo ou pour cuire…ses carottes ?
Par Thomas Tankou____________
En plus de quatre décennies de pontificat présidentiel, Paul Biya a habitué les Camerounais aux surprises. Il n’aime pas être doublé dans une prise de décision. Si bien que, assez souvent, lorsque des adversaires politiques veulent griller leur concurrents à des postes ministériels à la veille des nominations, ils prennent les devants pour faire publier les noms de ceux-ci dans la liste.
De là à penser que les concurrents de Ngo Ngo peuvent être à l’origine de l’article de Jeune Afrique, il n’y a qu’un pas que LE HÉRAUT NATIONAL n’a pas osé franchir.
Avec l’influence de ce magazine panafricain, souvent plus en phase avec les échos de la politique camerounaise mieux que les médias locaux, l’information mérite une analyse approfondie, surtout à la lumière du style de gouvernance de Paul Biya.
Le contexte : Un journal au service du pouvoir…
Jeune Afrique, bien que basé à Paris, est souvent perçu comme un acteur incontournable pour comprendre les dynamiques politiques en Afrique, y compris au Cameroun. La proximité de ce magazine avec Étoudi, le palais présidentiel, ne fait aucun doute. Par ses articles, il semble jouer un rôle de communication, souvent perçu comme une validation des décisions gouvernementales. En confirmant la position de l’actuel Sgor, cet article pourrait soit être un indicateur de la volonté de stabiliser l’administration au sommet de l’Etat, soit un moyen stratégique de préparer le terrain pour d’autres manœuvres.
Paul Biya et la stratégie du suspense…
Paul Biya, à la tête du pays depuis plus de quatre décennies, a démontré à plusieurs reprises une tendance à maintenir le suspense autour de ses décisions politiques. Ce goût pour l’incertitude pourrait être interprété comme une méthode permettant de garder ses adversaires dans l’expectative. En effet, annoncer des nominations à l’avance, comme le font certains de ses opposants pour tenter de récupérer le pouvoir, semble lui être particulièrement défavorable.
Biya utilise souvent des informations comme celles relayées par Jeune Afrique pour jauger les réactions du public et des leaders politiques avant de finaliser ses choix. Ce phénomène de frontrunning, où les informations circulent avant les annonces officielles, pourrait être une tentative de griller des concurrentiels, notamment ceux qui tentent de s’opposer au puissant Sgpr, en vue des prochaines nominations.
Une communication stratégique ?…
L’article en question pourrait être interprété comme une communication préparatoire destinée à façonner l’opinion publique. En affirmant le maintien du Sgpr, Jeune Afrique pourrait servir d’outil pour dissiper toute rumeur d’un changement imminente, tout en renforçant la position actuelle du Secrétaire Général. Cela pourrait également permettre à Paul Biya de tester les mouvements des autres acteurs politiques, en observant les réactions suscitées par cette confirmation.
Préparer l’opinion ou briser les cartes ?…
Il existe deux lectures possibles de cette situation :
1.Préparation de l’opinion: En se basant sur un soutien fort, Paul Biya pourrait chercher à préparer l’opinion publique à l’idée d’un statu quo à la tête du Secrétariat à la présidence, détectant ainsi la température politique sans dévoiler ses véritables intentions. Cela renforcerait la confiance de ses partisans.
2.Griller les Cartes de Ngo Ngo: L’article pourrait aussi être un signal lançant une mise en garde adressée à ses rivaux politiques. En affichant clairement une intention de maintenir le Sgpr, Biya montrerait qu’il est conscient des manœuvres adversariales et qu’il n’a pas l’intention de se laisser surprendre.
Un délicat équilibre entre communication et stratégie…
Le jeu politique au Cameroun, sous Paul Biya, est un délicat équilibre entre communication et stratégie. L’article de Jeune Afrique ne fait pas que confirmer l’actualité, il agit comme un révélateur des tensions sous-jacentes dans la politique camerounaise.
Alors que le suspense demeure quant à l’issue des futures nominations, une chose est sûre : Paul Biya continue d’entretenir un climat d’incertitude qui, jusqu’à présent, a servi ses intérêts politiques.
En analysant cette dynamique, il est crucial de rester attentif aux développements futurs et aux répercussions de telles annonces sur l’échiquier politique camerounais.
