Dans la nuit des salles, Bassek Ba Kobhio demeure une lumière tenue au bon angle : un cinéaste de vision, un bâtisseur de mémoire, et principal architecte des rencontres cinématographiques de Yaoundé.
À travers le poème ci-dessous, nous saluons l’icône qu’il fut—maître du cadre et du montage—dont l’œuvre a exhalé la culture africaine, tout en faisant des “écrans noirs” un lieu de dialogue, de projection et d’espérance.

Quand le noir devient lumière : l’ultime hommage à Bassek Ba Kobhio

Par Thomas Tankou__________

Dans la salle obscure, ton nom revient en image,
Et l’étoile des mots s’assemble à notre hymne ;
Tu as monté le réel, donné au cœur son visage,
Bassek, notre cinéaste, promesse de sublime.

Tu tenais la caméra comme on tient une espérance,
Tu éclairais les chemins par la justesse du cadre ;
Au plan-séquence du temps, tu fixais la présence,
Et l’Afrique, au grand jour, devient digne et audacieux.

Contre les ombres, tu dressais un art de la lumière,
Au contrechamp du monde, tu réveillais le silence ;
Tes personnages trouvaient une voix dans la matière,
Et nos regards, au montage, apprenaient la danse.

Ô maître de la mise en scène, en ton travelling intérieur,
Tu posais des pierres d’attente, des repères pour demain ;
Dans chaque coupe du film, se prolongeait un grand récit fier,
Et la culture africaine prennait souffle en plein.

Aujourd’hui, nos cœurs sont en deuil, mais la scène n’est pas close,
Car ton œuvre est un projecteur : elle continue de briller ;
Du noir d’une pellicule au noir qui jamais ne dépose,
Ton nom reste une victoire, une force à consacrer.

À Yaoundé, “les écrans noirs” deviennent ton reflet,
Un carrefour de regards, une fête de rencontre ;
Le cri des images y pose ses ailes, et le monde y sait :
Ton rêve s’y projette—et fait du noir une étincelle.

Repose en paix, cinéaste : dans chaque salle, ton souffle perdure,
Et nos chants, au générique, gardent ton passage vivant.