Depuis ce lundi 1er juin 2026, le Réseau interconnecté sud (RIS) est fragilisé par le retrait des capacités de production de Kribi et de la Dibamba. Plongeant 40% des usagers des régions du Littoral et de l’Ouest dans le noir.
Délestages affectant une bonne partie du Littoral et de l’Ouest, prise en otage
Par Ibrahim Baba Matip____________
Le communiqué du ministère des Mines et de l’Énergie met en cause un blocage fiscal et une tension de trésorerie, révélant surtout une crise de coordination entre institutions—aux conséquences immédiates pour le citoyen.
Le 1er juin 2026 restera marqué comme une date de rupture dans l’alimentation électrique du Réseau interconnecté sud (RIS). Les sociétés de production du groupe Globeleq ont en effet procédé au retrait des capacités de production des centrales thermiques de Kribi et de la Dibamba, occasionnant une réduction significative de l’offre électrique. Résultat immédiat : des délestages sévères touchant 40% des usagers des régions du Littoral et de l’Ouest.
Mais derrière la mécanique technique, le communiqué du ministère des Mines et de l’Énergie raconte surtout un affrontement administratif dont le coût se mesure en heures de courant perdu et en vies perturbées.
Le nœud du problème : le bras de fer financier qui déborde sur l’électricité…
Selon la note d’information analysée, le déclencheur ne serait pas une panne de production ou une défaillance opérationnelle, mais un contexte de blocage des comptes bancaires de Globeleq par l’administration fiscale, dans le cadre d’une opération de recouvrement forcé. L’objectif affiché : faire payer des obligations fiscales non réglées.
Or, cette logique de recouvrement, quand elle se heurte à une réalité de tension de trésorerie et à des impayés persistants du concessionnaire de distribution, finit par produire un effet domino : les moyens de production se retirent, le RIS se fragilise, et la population paie le prix.
Le cœur du drame se résume ainsi : pendant que les administrations s’exécutent dans leurs postures respectives (recouvrer d’un côté, encadrer de l’autre), la chaîne de service public se rompt. Ce n’est plus seulement un différend financier : c’est une paralysie du réseau.
Dès lors, un bras de fer implicite se dessine entre le ministère des Finances et le groupe Globeleq. Dans les faits, le contribuable — ou plutôt le fournisseur d’énergie, dans sa chaîne d’exécution — est sommé d’obtempérer, au risque de faire chuter la production. La question devient alors politique et institutionnelle : les procédures de recouvrement sont-elles conçues pour préserver l’essentiel, à savoir la continuité du service électrique ?
L’intervention du ministère des Mines et de l’Énergie : la diplomatie forcée face à l’urgence…
Confronté à la réalité des délestages, le ministère des Mines et de l’Énergie indique avoir immédiatement engagé des démarches auprès du ministère des Finances. L’objectif est clair : ouvrir des concertations afin d’envisager des solutions rapides permettant le retour en exploitation des capacités retirées et la stabilisation de l’approvisionnement en énergie sur le RIS.
Cette séquence est révélatrice : l’autorité sectorielle de l’énergie tente d’éteindre un incendie administratif allumé ailleurs. Elle joue le rôle de médiateur, non parce que le problème aurait été anticipé et prévenu, mais parce qu’il a déjà produit ses effets sur le terrain.
Autrement dit, ce communiqué ne décrit pas seulement une crise énergétique : il confirme un mécanisme classique de l’action publique lorsque la coordination échoue. Quand la gouvernance patine entre ministères, l’électricité disparaît.
La cacophonie institutionnelle : quand l’État ne parle pas d’une seule voix…
Le communiqué, volontairement factuel, laisse entrevoir un désordre plus profond : une cacophonie au sein de l’administration camerounaise. Le citoyen, lui, ne perçoit pas l’architecture institutionnelle ; il subit le résultat.
Aujourd’hui, des ménages et des entreprises du Littoral et de l’Ouest vivent au rythme de l’instabilité. Dans ces régions, l’électricité n’est pas un luxe : c’est l’éclairage, la réfrigération, la santé, l’éducation, l’activité économique. Et c’est précisément là que l’on mesure la gravité d’une gouvernance qui, au lieu de protéger le service essentiel, le fragmente.
Car la question centrale demeure : pourquoi la réponse aux impayés et aux obligations fiscales n’a-t-elle pas été structurée autour d’une continuité minimale du service public ? Pourquoi la population découvre-t-elle, par les coupures, que les institutions ne sont pas alignées ?
La cacophonie n’est pas seulement verbale : elle est opérationnelle. Elle prive le citoyen de l’accès à des services de base, au moment même où les administrations doivent précisément garantir la stabilité.
Une crise qui révèle un déficit de coordination et de priorisation…
En toile de fond, ce dossier met en lumière plusieurs réalités :
1.Le recouvrement forcé, quand il n’est pas assorti de mécanismes de continuité, peut produire une rupture du service.
2.Les impayés du concessionnaire de distribution créent une fragilité de trésorerie qui rend tout choc financier potentiellement explosif.
3.La coordination entre ministères devient l’élément déterminant : sans arbitrage rapide, le système s’éteint.
4.La population n’est pas un amortisseur : elle ne devrait pas supporter les conséquences d’une gestion administrative disjointe.
L’urgence n’est pas seulement électrique, elle est institutionnelle…
Le ministre des Mines et de l’Énergie, à travers son communiqué, pose une démarche : concertations, résolution rapide, retour progressif à la normale. C’est le bon réflexe face à une crise immédiate. Mais au-delà du court terme, la vraie attente citoyenne est autre : une réforme de la coordination.
Car si les ministères continuent de s’affronter — directement ou indirectement — sans mécanisme de protection du service public, le RIS redeviendra une variable d’ajustement.
Pour les populations du Littoral et de l’Ouest, la priorité n’est pas de comprendre qui a raison dans tel dossier fiscal. La priorité est simple : remettre le courant, et surtout empêcher que le prochain délestage ne soit, encore une fois, l’ombre d’un bras de fer institutionnel.
