Le retour du Cameroun au Fmi trouve sa racine dans une chaîne de défaillances : contrôles tardifs, vérifications repoussées, et décaissements indus qui ont réduit les marges de manœuvre du pays. Autrement dit, ce n’est pas l’usurier international qui a “surpris” le Cameroun : c’est l’accumulation de gabegies et de clientélisme qui a contraint le gouvernement à chercher, encore une fois, un plan de redressement extérieur, après s’en être sorti 20 ans auparavant, des fourches caudines des institutions de Bretton Woods.
Évocation…
Louis Paul Motaze, sapeur pompier après l’incendie
Par Thomas
Tankou___________
Le ministre des Finances, annonce une nouvelle opération d’assainissement du fichier solde.
Selon la communication officielle, 5 971 agents publics seraient identifiés comme ne résidant plus au Cameroun, pour une masse salariale potentielle de plus de 22 milliards de FCFA par an.
Présentée comme une démarche de “bonne gouvernance”, l’annonce intervient pourtant après une longue période de dysfonctionnements que l’opinion publique peine à comprendre.
Une question centrale : comment la fraude a-t-elle pu durer ?…
Le cœur du malaise n’est pas seulement administratif : il est davantage politique et moral.
Si ces agents étaient réellement absents du territoire national, les signaux auraient dû être détectés bien avant. Pas seulement après une décennie, mais à chaque cycle de paie.
Dès lors, une interrogation s’impose : où étaient les contrôleurs pendant que les caisses de l’État saignaient ?
Contrôle tardif, décaissement déjà fait : le problème de calendrier…
Le dossier évoque également une autre vague de contrôles : 215 fonctionnaires et agents de l’État auraient été convoqués après des soupçons de rappels perçus en double.
L’administration présente l’étape comme “plus visible” et “plus contraignante”.
Mais cette logique soulève une autre critique : la vérification arrive après décaissement. Donc après que l’argent public a déjà quitté les caisses et n’a plus pu servir les priorités nationales.
2015–2025 : 10 ans de tolérance (ou 10 ans de laisser-aller)…
La période couverte, estimée entre 2015 et 2025, rend la situation encore plus difficile à justifier.
En pratique, cela signifie que l’État a laissé s’installer une situation qui ne ressemble pas seulement à une série d’erreurs, mais à une organisation de la gabegie :
-routine et laxisme ;
-neutralisation des procédures ;
-clientélisme et arrangements…
Des circuits possibles : les lignes budgétaires comme voies de paiements indus…
Des paiements indus aurait emprunter des lignes budgétaires bien ficelées (par exemple lignes 94, lignes 16, etc.).
L’idée évoquée est celle de décaissements réalisés “comme si de rien n’était”, via des “copains et coquins”.
La conséquence politique : un retour forcé vers le Fmi…
Derrière ces opérations tardives, une conséquence inévitable apparaît : le Cameroun a été amené à revenir vers les institutions de Bretton Woods pour “boucler” son budget.
Ce retour est présenté comme le symbole d’un coût collectif : le pays semble avoir été conduit à hypothéquer son avenir au lieu de protéger ses marges d’investissement social.
Au-delà des chiffres : une douleur sociale et une gouvernance fragilisée…
Le désastre n’est pas abstrait. Il se traduit par :
-une pression sur les finances publiques ;
-une baisse de capacité d’investissement ;
-une douleur durable pour la population, qui supporte les effets de décisions et de contrôles insuffisants.
Ce que ces opérations tardives “disent” en réalité…
Au final, le message produit par ces contrôles tardifs est paradoxal :
la fraude paraît traitée comme un risque toléré, et l’assainissement ne devient prioritaire qu’une fois que la communication devient nécessaire.
On convoque, on sanctionne, on suspend… mais l’essentiel reste rarement clarifié : qui a permis le laisser-faire ?
Exiger une nouvelle logique : la redevabilité plutôt que la chasse aux irrégularités…
Plutôt qu’une simple traque d’“agents irréguliers”, il devient impératif de plaider pour une logique plus profonde :
-redevabilité réelle ;
-contrôle anticipé ;
-sanctions rapides ;
-traçabilité et vérification systématique de l’effectivité au poste.
Un fichier solde comme miroir de la gouvernance…
Un fichier solde n’est pas qu’une base de données : c’est le miroir de la gouvernance.
Et aujourd’hui, ce miroir renvoie une image douloureuse : celle d’un État qui n’a pas su contrôler à temps, et qui, pour cela, est en train de payer très cher.
