La réception des championnes d’Afrique au Palais de l’Unité aura duré à peine une demi-heure. Durant ce laps de temps, Paul Biya est apparu à plusieurs reprises à l’écran, mais aucun plan n’a permis au public de le voir se déplacer. Une réalisation qui interroge sur un curieux contrôle de l’image présidentielle.
Le mystérieux ballet des images du Chef de l’État, ce samedi 22 août à Etoudi
Par Cyprien Afana Tsama___________
La réception des Lionnes Indomptables au Palais de l’Unité, samedi 22 août 2026, aura surtout marqué les esprits par la manière dont l’image présidentielle a été construite. Derrière les médailles, les discours et les honneurs rendus aux championnes d’Afrique, la retransmission télévisée a livré une séquence minutieusement maîtrisée, dans laquelle chaque apparition de Paul Biya semblait répondre à un impératif précis : montrer le chef de l’État, sans jamais exposer son déplacement.
Un président montré, mais jamais vu en mouvement…
Le principal élément qui interroge demeure simple : durant les quelque trente minutes qu’a duré la cérémonie, aucun téléspectateur n’a vu Paul Biya effectuer le moindre déplacement.
À 16h43, alors que les invités étaient déjà installés, le président est apparu à l’image. Puis les caméras ont cessé de le montrer. Quelques instants plus tard, il est revenu dans le champ, cette fois debout, pour procéder à la remise des distinctions.
Pendant moins de cinq minutes, il est resté dans cette position. Là encore, aucune séquence ne permettait de voir comment il était arrivé à cet endroit ni comment il en était reparti. Le même procédé s’est reproduit lorsqu’il a ensuite été présenté assis, puis de nouveau debout pour prononcer son message aux championnes.
Cette succession de plans donne à la cérémonie une dimension presque cinématographique : le téléspectateur découvre le président à différents moments, dans différentes positions, mais jamais dans la continuité de ses mouvements.
La puissance du cadrage…
Dans une cérémonie présidentielle, le choix des plans n’est jamais totalement neutre. Ici, la réalisation a privilégié les séquences valorisant la présence du chef de l’État : visage, posture, remise des médailles, lecture du discours et photographie officielle.
En revanche, les moments intermédiaires ont pratiquement disparu du récit audiovisuel. Aucun plan large ne permettait véritablement de suivre le président dans l’espace. Aucun mouvement de caméra ne permettait de reconstituer son parcours d’un point à un autre.
Cette construction est particulièrement significative dans le contexte actuel. Paul Biya, 93 ans, venait de réapparaître publiquement après 74 jours hors du pays. Dans ces conditions, chaque image de lui possède une valeur politique particulière. La retransmission ne se contentait donc pas de couvrir un événement sportif : elle contribuait également à fabriquer une image de la présence présidentielle.
Une cérémonie très courte et une mise en scène savamment enchevêtrée…
Autre élément notable : la brièveté de la séquence. Environ une demi-heure aura suffi pour accueillir les championnes, remettre les distinctions, prononcer le discours présidentiel et réaliser la photographie de groupe.
Le protocole aurait également imposé aux joueuses de laisser leurs téléphones de côté, les privant notamment de la possibilité de multiplier les photographies personnelles avec le chef de l’État. Contrairement à une certaine époque où les filles faisaient même des selfies avec le président.
Cette restriction renforce paradoxalement le poids des images officielles. Lorsque les participants ne peuvent pas produire leurs propres souvenirs photographiques, le récit visuel de l’événement repose presque exclusivement sur les images sélectionnées par le dispositif institutionnel.
Au-delà du trophée, l’enjeu de l’image présidentielle…
Le discours de Paul Biya a insisté sur la persévérance des Lionnes, rappelant leurs années sans sacre et leur capacité à continuer malgré les échecs. Mais la cérémonie aura également raconté une autre histoire : celle d’un pouvoir soucieux de montrer que le président est là, présent, actif et capable d’honorer personnellement les championnes.
La question centrale n’est donc pas de savoir si Paul Biya était physiquement présent au Palais de l’Unité. Tout indique qu’il y était. Elle est plutôt de comprendre pourquoi le public n’a jamais pu voir, à travers les images diffusées, la continuité de sa présence et de ses déplacements.
Dans cette cérémonie, le silence entre deux plans aura peut-être été aussi révélateur que les images elles-mêmes.
