Le retour du président de la République cet après-midi du 20 août, après 74 jours d’absence, devait constituer un moment de clarification. La mobilisation de la télévision publique et des services de la Présidence autour de son arrivée à l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen a laissé présager une séquence particulièrement suivie, destinée à mettre fin aux interrogations nées de sa longue absence. Pourtant, au terme de cette retransmission, des questions demeurent qui taraudent les esprits.

Une arrivée triomphale qui laisse pourtant planer moult interrogations

Par Cyprien Afana Tsama_________

La télévision publique camerounaise a déployé cet après-midi du 20 août
un dispositif exceptionnel pour couvrir le retour de Paul Biya. Fait curieux, pendant que le cortège se mettait en mouvement, les téléspectateurs ont longtemps cherché en vain le chef de l’État. Les images présentées ensuite comme celles de son arrivée n’ont fait que renforcer les interrogations sur ce qui s’est réellement passé devant les caméras.

Un dispositif médiatique pourtant exceptionnel…

Tout a pourtant semblé avoir été prévu pour donner à l’événement une dimension solennelle. Responsables administratifs et politiques, dispositif sécuritaire, véhicules officiels et convoi présidentiel ont progressivement occupé l’espace médiatique.
Mais au moment décisif, les téléspectateurs n’ont pas bénéficié d’un plan permettant d’identifier sans ambiguïté le chef de l’État. Une main apparaissant derrière la vitre d’un véhicule a même été interprétée comme un possible signe du président. Or, une telle image ne permet évidemment pas d’établir l’identité de la personne se trouvant à l’intérieur.
Cette situation est d’autant plus surprenante que la mission première d’une retransmission consacrée au retour du président était précisément de rendre ce retour visible.

Une image diffusée après le départ du cortège…

L’élément le plus troublant intervient lorsque le cortège a déjà quitté l’aéroport. La Crtv présente alors des images censées montrer Paul Biya sur le site aéroportuaire.
La séquence prend une dimension particulière lorsque le journaliste Ashu Nyenty évoque lui-même les interrogations des téléspectateurs sur l’absence d’images du président. La diffusion de cette séquence intervient donc comme une réponse à une question devenue manifeste à l’antenne : où est le chef de l’État ?

Sur le plan télévisuel, rien n’interdit évidemment de diffuser des images enregistrées quelques instants auparavant pendant une émission en direct. Le problème n’est donc pas nécessairement l’existence d’un décalage entre la prise de vue et sa diffusion. Il réside davantage dans la manière dont ce décalage est présenté au public.

Le problème de la traçabilité des images…

Dans une période marquée par les interrogations sur les apparitions publiques du président, la télévision nationale se trouve investie d’une responsabilité particulière : établir une distinction claire entre ce qui se déroule sous les yeux du public et ce qui a été enregistré antérieurement.
Si les images diffusées après le départ du cortège avaient été captées quelques minutes auparavant, une indication explicite aurait permis de lever une partie des interrogations. À défaut, le téléspectateur est placé devant une séquence dont le statut temporel reste incertain.
Il ne s’agit pas d’affirmer que les images étaient truquées, ni de conclure que Paul Biya n’était pas présent à Nsimalen. Les éléments disponibles ne permettent pas de soutenir une telle accusation. Mais l’absence de transparence sur la chronologie des images nourrit nécessairement le doute.

Une occasion manquée de dissiper les incertitudes…

Le paradoxe de cette journée est donc saisissant. Jamais le pouvoir camerounais n’avait disposé d’une occasion aussi simple de couper court aux spéculations : une apparition publique, clairement identifiable, filmée au moment même où le président descendait de l’avion ou rejoignait son véhicule.
La communication présidentielle avait tout intérêt à privilégier cette évidence visuelle. Or, c’est précisément cette preuve immédiate qui a fait défaut.
Après 74 jours d’absence, le retour de Paul Biya ne pouvait être un événement ordinaire. Il appelait une communication particulièrement rigoureuse, comme il l’a si bien fait à d’autres occasions similaires. Ce qui devait être un moment de confirmation incontestable laisse ainsi derrière lui une nouvelle interrogation : non pas nécessairement sur la présence du président au Cameroun, mais sur la façon dont cette présence a été montrée au public.
Dans une séquence aussi sensible, la crédibilité ne repose pas seulement sur ce qui est affirmé. Elle dépend aussi de ce que les citoyens peuvent eux-mêmes voir, situer dans le temps et vérifier.