Au Cameroun, certaines priorités parlent d’elles-mêmes. Pendant que des populations continuent d’attendre des infrastructures sociales de base—celles qui soignent, qui instruisent, qui protègent, qui facilitent la vie—le gouvernement choisit la mise en scène plutôt que l’utilité.

Quand tout un gouvernement préfère inaugurer un bâtiment plutôt que construire l’essentiel

Par Thomas Tankou__________

Et quand uand l’événement prend la forme de l’inauguration du siège de la Fédération camerounaise de football, avec la mobilisation massive conduite par le Premier ministre, le message devient difficile à comprendre… et plus difficile encore à accepter.

L’urgence n’est pas un ruban : c’est l’école, la santé, l’eau, la sécurité…

Les besoins fondamentaux ne se contentent pas d’être “évoqués” : ils exigent des résultats, dans la durée. On attend des services publics qui fonctionnent, des infrastructures sociales qui tiennent, et des actions concrètes qui améliorent réellement le quotidien. Dans ce contexte, focaliser l’attention de l’État sur l’inauguration d’un bâtiment apparaît comme un choix déplacé.

Mobiliser tout un exécutif pour inaugurer : preuves d’une mauvaise appréciation des priorités…

Le problème n’est pas que le football ait de l’importance. Le problème, c’est la disproportion. Que le gouvernement se donne autant de moyens et de présence institutionnelle pour inaugurer le siège de la fédération, alors que les urgences sociales restent visibles partout, relève d’un aveu : l’action publique s’est réduite à la communication.

Présence forte” ne veut pas dire “impact fort”…

Un bâtiment inauguré peut être un symbole. Mais un symbole ne remplace pas une politique publique. La question que tout le monde pose est simple : quels chantiers sociaux concrets ont avancé pendant que l’État concentrerait son énergie sur la cérémonie ? Quelles écoles ont été construites, quels centres de santé ont été renforcés, quelles infrastructures d’accès à l’eau et à l’assainissement ont été améliorées ? Autant de questions qui taraudent l’esprit des Camerounais.

Le ridicule comme stratégie : détourner l’attention au lieu de répondre aux besoins…

Quand le gouvernement investit surtout le champ de la visibilité—photos, discours, cérémonies—il fabrique une impression d’activité. Mais le pays ne vit pas de cérémonies. Il vit de projets qui changent la réalité : des infrastructures de base, des services publics dignes, une économie dynamique et des opportunités pour la jeunesse.

On ne gouverne pas par inauguration : on gouverne par exécution…

Inaugurer un bâtiment n’est pas un projet national. Un projet national, c’est planifier, financer, exécuter, contrôler, livrer, puis continuer. Et surtout : prioriser l’essentiel. Le Premier ministre et le gouvernement ont choisi de monter sur scène. La population, elle, n’est pas spectatrice : elle est en attente de solutions.

Dire “c’est ridicule” n’est pas seulement une formule : c’est une réaction face à un déséquilibre….

L’inauguration du siège de la fédération camerounaise de football, portée par la mobilisation du Premier ministre et de tout un gouvernement, ne peut pas masquer l’autre réalité : le manque de construction d’infrastructures sociales de base. Pour beaucoup de Camerounais, ce choix ressemble moins à une action politique qu’à une démonstration de vide—un gouvernement qui privilégie la vitrine plutôt que le quotidien.