À travers l’évocation de plusieurs candidatures africaines dans la phase preliminaire comme cause d’échec, notre lecture est davantage structurelle : la question des droits humains. En examinant l’héritage politique de l’ancien président du Sénégal durant ses deux mandats, l’analyse montre comment des allégations répétées de violations fondamentales peuvent reconfigurer, voire fragiliser, l’acceptabilité et la légitimité d’acteurs africains dans les compétitions internationales.
Macky Sall, bon dernier dans le classement lors du scrutin informel et confidentiel
Par Thomas Tankou__________
Les parcours politiques et les candidatures internationales ne sont jamais neutres. Les noms cités—Rebecca Grynspan (Costa Rica), Carolyn Rodrigues Brikett (Guyane), Rafael Grossi (Argentine) et Macky Sall (Sénégal)—illustrent une réalité : au-delà des critères affichés, la crédibilité d’un acteur se construit aussi sur sa gouvernance et sur la conformité de ses actes aux normes fondamentales. Ainsi, l’échec évoqué, imputé notamment à la « multiplication des candidatures africaines », s’accompagne ici d’un enjeu plus profond : la contestation de l’éthique et de l’héritage politique de Macky Sall.
L’échec comme conséquence politique et comme procès de légitimité…
L’idée selon laquelle l’Afrique se “dilue” dans trop de candidatures peut être lue de deux manières. La première insiste sur la stratégie : trop de propositions se neutralisent, les partenaires recherchent des profils plus consensuels. La seconde, plus structurante, révèle un déficit de légitimité. En effet, lorsqu’un candidat ou un ancien chef d’État est associé à des manquements graves aux droits humains, l’opposition internationale peut se cristalliser—indépendamment du niveau de soutien diplomatique.
Dans ce contexte, la mention du refus de son parrainage par le gouvernement sénégalais prend un sens : elle souligne que même l’appareil politique national peut choisir la distance, soit pour se protéger, soit pour se conformer à une lecture plus restrictive de l’intérêt du pays.
Le cœur du dossier : des violations des droits de l’homme sous deux mandats…
Mettre l’accent sur les violations des droits humains pendant les deux mandats de Macky Sall à la tête du Sénégal revient à rappeler que la légitimité politique ne se réduit pas aux résultats institutionnels. Elle dépend aussi des méthodes employées. Plusieurs dimensions sont généralement évoquées dans l’analyse de la période : restrictions de libertés publiques, répression de la contestation, et climat d’atteintes aux droits fondamentaux.
D’abord, la liberté d’expression et le pluralisme peuvent être considérablement fragilisés dans les périodes de confrontation politique. Les arrestations, poursuites et intimidations visant des opposants ou des voix critiques—qu’elles soient directes ou indirectes—participent d’un affaiblissement de l’espace démocratique. Ensuite, la gestion des manifestations et de l’opposition peut devenir un champ de violations, lorsque les forces de l’ordre sont mobilisées avec une disproportion qui nourrit la peur et la silenciation.
Enfin, les atteintes aux droits des détenus et l’enjeu de l’accès à la justice constituent un autre axe central. Un État peut gagner des échéances institutionnelles tout en perdant la confiance internationale lorsqu’un pattern de violations s’installe : cela affecte la réputation du pays, la capacité de médiation diplomatique et la cohérence des prises de position sur la scène mondiale.
Conséquences : l’ombre du passé sur l’avenir diplomatique…
C’est précisément ce “passé” qui pèse sur l’espace de négociation. Une candidature, surtout lorsqu’elle émane d’un ancien chef de gouvernement dont l’action est contestée, entre en concurrence avec d’autres profils africains. Mais à partir du moment où la controverse des droits humains est devenue centrale dans l’évaluation, le débat change : on ne discute plus seulement d’opportunité régionale ou de calendrier, on discute de conformité morale et juridique.
Vers une Afrique crédible par la cohérence…
In fine, l’échec évoqué ne saurait être expliqué uniquement par la multiplicité de candidatures africaines. La multiplication des noms africains aux préliminaires peut certes créer des divergences diplomatiques, mais elle ne fait que révéler ce qui, en profondeur, est déterminant : la cohérence entre le pouvoir exercé auparavant et les droits fondamentaux. Tant que la question des droits humains restera insuffisamment traitée dans l’évaluation des acteurs, les candidatures risquent de rencontrer une résistance accrue—y compris au sein même des environnements politiques qui, historiquement, soutenaient ces trajectoires.
