Après plusieurs décennies de revendications foncières, le PM Dion Ngute a approuvé ce 16 juillet 2026, le procès verbal de la commission nationale de règlement de ce litige. En consacrant officiellement le tracé des limites territoriales, l’État entend mettre un terme à ce contentieux historique et ouvrir la voie à une application définitive de la limitation administrative. Analyse…

L’arrêté du Premier ministre qui met un terme à des décennies de disputes

Par Thomas Tankou__________

L’arrêté signé le 16 juillet 2026 par le Premier ministre Joseph Dion Ngute constitue bien plus qu’une simple formalité administrative. En approuvant le procès-verbal du 2 février 2023 de la Commission nationale chargée du règlement du litige frontalier entre les groupements Baméka et Bamougoum et la communauté Bassang, le gouvernement tranche définitivement un différend qui empoisonne les relations entre ces groupements depuis plusieurs décennies. Cette décision revêt également une importance particulière pour la communauté Bassang, troisième acteur de ce dossier complexe, dont les revendications territoriales se trouvent désormais directement concernées par le nouveau tracé officiel.

Bassang, au cœur d’une équation territoriale complexe…

Si le conflit est généralement présenté comme une opposition entre Baméka et Bamougoum, la réalité est plus nuancée. Au centre de cette zone litigieuse se trouve la communauté Bassang, implantée sur cette bande frontalière et revendiquant une identité historique, culturelle et territoriale propre.
Au fil des années, Bassang a soutenu que son territoire traditionnel s’étendait sur une importante partie de l’espace disputé entre les deux groupements voisins. Cette revendication a souvent compliqué les tentatives de règlement, chaque décision concernant les limites administratives étant susceptible d’avoir des conséquences sur les droits fonciers, l’autorité coutumière et l’appartenance territoriale des populations concernées.
Les débats autour de la zone de Keleng, devenue stratégique avec les projets d’aménagement envisagés, ont d’ailleurs remis en lumière cette question de fond : à qui appartient réellement cet espace et quelles communautés peuvent légitimement en revendiquer la gestion ?

Le gouvernement choisit la sécurité juridique…

Face à un dossier particulièrement sensible, l’État a privilégié la voie institutionnelle prévue par la loi de 2003 relative aux limites des unités traditionnelles. Après plusieurs années d’investigations, de consultations et d’expertises, la Commission nationale a arrêté ses conclusions dans un procès-verbal signé le 2 février 2023.
L’arrêté du Premier ministre vient désormais donner une valeur juridique pleine et entière à ces conclusions. Il consacre comme référence officielle le tracé figurant sur la carte topographique au 1/50 000 (Bafoussam NB32-XVI-1d), mettant ainsi fin aux interprétations divergentes qui alimentaient le conflit.
Cette décision signifie que, sur le plan administratif, les revendications territoriales devront désormais s’apprécier à la lumière de cette délimitation officielle.

La fin d’un conflit… mais pas forcément de toutes les revendications…

L’arrêté du Premier ministre constitue une étape décisive dans la pacification des relations entre Baméka et Bamougoum. Les autorités administratives de l’Ouest, des départements des Hauts-Plateaux et de la Mifi, ainsi que les sous-préfets concernés, disposent désormais d’une base juridique claire pour faire appliquer cette délimitation.

Vers un ménage à trois…

Pour la communauté Bassang, cette décision est bien accueillie, mais elle
ouvre la voie à davantage de clarifications. Si le litige administratif sur les limites territoriales est désormais tranché par l’État, les aspirations identitaires, historiques ou coutumières de cette communauté pourraient continuer à alimenter le débat local.

Le défi sera donc de faire respecter la décision gouvernementale tout en maintenant un dialogue inclusif avec l’ensemble des acteurs concernés.
En approuvant officiellement le procès-verbal de la Commission nationale, Joseph Dion Ngute envoie un message clair : les conflits fonciers les plus anciens ne peuvent plus rester dans une zone grise juridique. L’État affirme son rôle d’arbitre et impose une référence territoriale unique. Reste désormais à transformer cette décision administrative en une paix durable sur le terrain, afin que les décennies de tensions cèdent enfin la place à une coexistence apaisée entre Baméka, Bamougoum et la communauté Bassang.

D’ailleurs dans ce même sillage, dans un message-fax du 27 juillet dernier, le Minat a mis en mission avancée sur le terrain une équipe. Il était davantage question du suivi des travaux de matérialisation relatif à la délimitation des frontières.
Dans ledit message-fax Paul Atanga Nji a indiqué comme point de repère le village Bassang.

Toute chose qui met davantage en lumière le rôle-clé que devra désormais jouer la communauté Bassang pour une paix définitive dans la zone querellée.