Alors que le débat public se focalise sur l’affaire inventée ou réelle du « piratage » du site du Minat lié à la présidentielle de 2025 au Cameroun, ayant contribué à invalider la candidature de Maurice Kamto, le Minat s’invite à nouveau dans le fonctionnement interne du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun.
Atanga Nji refuse de prendre acte des résolutions de la dernière convention du Mrc
Au moment où l’opinion camerounaise scrute la suite de l’enquête ouverte par le ministère de l’Administration territoriale dans l’affaire du « piratage »
ayant servi à invalider la candidature de Maurice Kamto à la présidentielle de 2025, le ministre Paul Atanga Nji s’invite une nouvelle fois dans le fonctionnement interne du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc).
Cette fois, ce n’est ni l’acte électoral ni l’instruction d’un dossier politique sensible qui occupe la correspondance ministérielle, mais la reconnaissance des décisions issues de la Convention extraordinaire tenue le 21 décembre 2025.
Une correspondance qui rebat les cartes…
Atanga a adressé à Joseph Thierry Okala Ebode, ancien militant du Mrc, une lettre datée du 19 août 2026. Le Minat y indique, après examen de la contestation introduite contre le procès-verbal de la Convention du 21 décembre, qu’il « n’a pas jugé opportun de prendre acte des travaux » de la réunion.
Autrement dit, l’administration refuse d’entériner formellement les effets administratifs attachés à la Convention, alors même que celle-ci aurait notamment adopté des amendements aux statuts et au règlement intérieur du parti et procédé à l’élection des responsables nationaux, dont la reconduction de Maurice Kamto à la présidence.
Le rôle du Minat : “prendre acte”, pas diriger…
Le point central de l’analyse réside ici dans la logique administrative : le ministère devrait, en principe, se limiter à une fonction d’enregistrement/prise d’acte, encadrée par le cadre juridique applicable. Les informations fournies rappellent que la position du MINAT s’appuie sur l’article 3, alinéa 2, de la loi n°90/055 du 19 décembre 1990 relative aux réunions et manifestations publiques.
Mais l’enjeu, dans les perceptions, n’est pas seulement juridique : c’est celui de la frontière entre le contrôle administratif et l’ingérence dans la vie interne d’un parti politique. Si l’administration estime qu’il y a matière à contestation, l’attente des acteurs politiques est qu’elle procède dans les formes, sans altérer l’esprit même du dispositif : prendre acte, puis laisser les mécanismes internes et juridictionnels traiter la contestation.
Une légitimité contestée, une architecture
dirigeante sous tension…
La Convention du 21 décembre 2025 aurait, selon le communiqué final du Mrc, reconduit Maurice Kamto avec 95,44 % des suffrages valablement exprimés. Le Mrc affirme également que les modifications permettant la tenue de la Convention en visioconférence ont été déposées auprès des autorités administratives le 5 décembre 2025.
Dès lors, le refus de prise d’acte crée un vide : il ne nie pas nécessairement le déroulement politique revendiqué par le parti, mais il suspend la reconnaissance administrative de l’architecture dirigeante issue de la réunion. Dans cette tension, l’on observe un basculement du débat : d’un différend interne entre Okala Ebode et la direction du Mrc, on passe à une dispute sur l’autorité — administrative puis politique — susceptible de conférer effet aux décisions du congrès.
Quand l’urgence nationale cède la place au “fonctionnement interne”…
L’asymétrie est frappante : tandis que le pays attend la suite d’une enquête que certains qualifient de décisive pour l’éligibilité de Maurice Kamto à la présidentielle de 2025, le Minat, par de nouvelles correspondances, entre dans le fonctionnement interne du Mrc.
Ce choix administratif peut produire un effet politique : nourrir la défiance, complexifier la gestion interne du parti, et prolonger une crise de légitimité déjà vive. Car, au-delà de la forme du refus, c’est la question de la cohérence des priorités qui se pose : à quoi ressemble la “prise en compte” des préoccupations nationales, lorsque l’administration concentre simultanément son attention sur la validité des décisions d’un acteur politique majeur ?
Une controverse de procédure aux répercussions politiques…
En refusant de prendre acte des travaux de la Convention extraordinaire du 21 décembre 2025, le Minat ne règle pas seulement une contestation administrative : il déplace le centre de gravité du conflit et met en lumière une inquiétude plus profonde. Dans un contexte où la crédibilité des institutions et la sécurité juridique des processus politiques sont au premier plan, chaque correspondance ministérielle devient un signal. Et ce signal, ici, est interprété comme un changement de posture : du contrôle administratif vers une influence perçue sur la gouvernance interne du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun. La partie est loin d’être jouée.
