Quatre décennies après l’éruption limnique qui a coûté la vie à près de 1 800 personnes, le drame du lac Nyos continue d’interroger la capacité du Cameroun à prévenir les catastrophes naturelles. Entre devoir de mémoire, responsabilité publique et culture de l’anticipation, cette tragédie demeure un avertissement pour les générations présentes et futures.
Lac Nyos, 40 ans après : une catastrophe qui interroge encore la responsabilité de l’État
Par Ibrahim Baba Matip__________
Le 21 août 1986, le lac Nyos, dans le Nord-Ouest du Cameroun, devenait le théâtre de l’une des catastrophes naturelles les plus meurtrières de l’histoire contemporaine du pays. Une importante poche de dioxyde de carbone s’était brutalement échappée du lac, provoquant la mort de près de 1 800 personnes et de nombreux animaux. Quarante ans plus tard, le drame n’appartient pas seulement à l’histoire : il demeure une leçon sur la prévention, la responsabilité publique et la vulnérabilité des populations.
Selon le témoignage d’un sécessionniste repanti, le gouvernement camerounais aurait pu faire mieux.
Success Nkongho, ancien combattant séparatiste ambazonien, a déposé les armes en 2020, fondé le Cameroon Liberation Movement (CLM) et mène désormais un combat politique contre la gestion de la crise anglophone par Yaoundé.
Quand la nature rencontre la vulnérabilité humaine…
La catastrophe du lac Nyos est d’abord un phénomène géologique exceptionnel. Mais son bilan humain oblige à dépasser la seule explication scientifique. Des communautés entières vivaient autour du lac sans disposer des moyens nécessaires pour comprendre le danger auquel elles étaient exposées.
La plupart des victimes ont été surprises pendant leur sommeil. En quelques heures, des familles ont disparu, des villages ont été décimés et des survivants se sont retrouvés face à une réalité inimaginable.
Cette tragédie montre qu’un risque naturel ne devient véritablement catastrophique que lorsque les populations ne sont pas suffisamment préparées à y faire face.
Quarante ans après, que reste-t-il de Nyos ?…
Quatre décennies après, la commémoration du drame doit aller au-delà de la mémoire des victimes. Elle doit poser une question fondamentale : avons-nous réellement tiré toutes les leçons de Nyos ?
La prévention des catastrophes ne peut être réduite à l’installation d’équipements techniques. Elle suppose également des systèmes d’alerte fonctionnels, une information régulière des populations, des plans d’évacuation connus et régulièrement testés, ainsi qu’une coordination efficace entre les autorités locales et nationales.
Le souvenir de Nyos devrait donc servir à renforcer durablement la culture de prévention au Cameroun.
Une réflexion qui dépasse le lac Nyos…
« Mon propre parcours m’amène à regarder cette tragédie sous un angle particulier. J’ai connu la confrontation et la violence dans le cadre de la crise anglophone avant de déposer les armes en janvier 2020. Cette expérience m’a appris que les crises ne disparaissent pas lorsqu’on refuse de regarder leurs causes. » Sérine l’ex combattant ambazonien.
Le drame de Nyos pose une problématique différente, mais comparable sur un point essentiel : la responsabilité collective consiste à anticiper les dangers avant qu’ils ne deviennent irréversibles.
Dans la crise anglophone comme dans la gestion des risques naturels, attendre que les populations soient frappées pour agir est toujours trop tard.
De la mémoire à la responsabilité…
Le quarantième anniversaire du lac Nyos devrait être l’occasion d’une véritable évaluation nationale. Il faut notamment s’interroger sur la sécurité des populations vivant dans les zones à risques, l’efficacité des dispositifs d’alerte et la capacité réelle des pouvoirs publics à réagir rapidement face aux catastrophes.
Honorer les victimes ne signifie pas seulement prononcer des discours en leur mémoire. C’est aussi empêcher que leur mort soit réduite à une page d’histoire.
Quarante ans après Nyos, le Cameroun doit transformer cette tragédie en exigence permanente de prévention, de transparence et de responsabilité. Une société qui tire réellement les leçons de ses catastrophes est une société qui refuse de reproduire les conditions qui les rendent meurtrières.
