À moins d’un an des élections municipales et législatives de février 2027, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) donne à voir un visage bien différent de celui d’une machine politique parfaitement huilée. Derrière les appels à l’unité et à la victoire, les querelles de leadership se multiplient, les clans se repositionnent et les rivalités locales prennent parfois les allures de véritables combats fratricides.
La bataille pour le contrôle de l’après Biya s’annonce intrépide
Par Thomas
Tankou____________
À mesure que s’éloigne l’ère Biya, la bataille pour le contrôle des territoires et des investitures ressemble de plus en plus à une bataille pour le positionnement.
Le Mfoundi, laboratoire d’une guerre de positions…
Le dernier épisode en date se joue au cœur du pouvoir, dans le Mfoundi. Par une note de service du 31 août 2026, Laurent Serge Etoundi Ngoa, chef de la délégation permanente départementale, a désigné des superviseurs et chargés de mission pour encadrer les opérations préparatoires dans les sept sections du département. Une initiative contestée par Gilbert Tsimi Evouna, président du Conseil régional du Centre, qui en a demandé l’annulation.
La contestation est descendue dans la rue. Le 9 septembre, une trentaine de militants de Mfoundi II ont manifesté devant le siège du Comité central. Finalement, Jean Nkuété a tranché en faveur de Tsimi Evouna.
Au-delà du différend administratif, l’épisode révèle surtout une question fondamentale : qui contrôle réellement la machine électorale du Rdpc dans les territoires stratégiques ? Car contrôler les structures locales, c’est aussi peser sur les investitures et, demain, sur les équilibres internes du parti.
À l’Ouest, les équilibres hérités du passé vacillent…
Dans l’Ouest du pays, la nomination en mars 2025 de Hamidou Komidor Njimoluh à la tête de la délégation régionale du parti a profondément modifié les équilibres. Le fauteuil était auparavant occupé par le défunt sultan-roi des Bamoun, Ibrahim Mbombo Njoya. Son successeur au trône, le sultan Mouhamed Nabil Mforifoum Mbombo Njoya, n’a pas hérité de cette responsabilité politique.
Cette nouvelle configuration nourrit les interrogations sur la redistribution des influences dans une région où les rapports entre pouvoir traditionnel, implantation militante et contrôle politique restent particulièrement sensibles.
Le Koung-khi : quand les rivalités descendent au niveau communal…
Dans le Koung-khi, les tensions prennent une tournure plus locale, mais elles n’en sont pas moins révélatrices.
À Pète-Bandjoun, la suspension de ses adjoints par le maire Maptue Fotso, malgré les injonctions du ministre de tutelle, illustre une forme de défiance à l’égard de la hiérarchie administrative et politique. À Bayangam, les relations entre Albert Kouinche et une partie des militants de Batoufam traduisent également la bataille autour du contrôle de l’exécutif communal.
Derrière les querelles de personnes se profile donc une bataille plus large : celle de la légitimité locale et de la capacité à transformer une implantation militante en pouvoir électoral.
L’Océan, autre front de la guerre interne…
Dans le département de l’Océan, l’antagonisme entre Jules Doret Ndongo et le sénateur Grégoire Mba Mba rappelle que ces tensions ne sont pas nouvelles. Le département connaît depuis plusieurs années une rivalité entre deux pôles d’influence, suffisamment forte pour avoir déjà provoqué des manifestations militantes à Kribi.
Le phénomène est donc national. Dans plusieurs bastions du parti, les cadres ne semblent plus seulement se battre pour servir la même formation : ils se battent pour savoir qui en contrôlera les leviers locaux demain.
L’après-Biya déjà dans toutes les têtes…
C’est ici que se trouve le véritable enjeu. Le 15 juillet dernier, Jean Nkuété appelait les cadres du Rdpc à une victoire impérative aux prochaines élections. Mais comment obtenir cette victoire si les responsables censés la construire passent une partie de leur énergie à se neutraliser mutuellement ?
Ces affrontements ne signifient pas nécessairement une implosion prochaine du Rdpc. Ils peuvent, au contraire, traduire la vitalité d’une compétition interne longtemps contenue par l’autorité présidentielle. Mais leur multiplication est un signal politique.
Pendant des décennies, l’autorité de Paul Biya a constitué le principal facteur d’arbitrage au sein du parti. À mesure que la fin de son règne approche, les ambitions longtemps contenues cherchent davantage à s’exprimer. La bataille électorale de 2027 pourrait ainsi n’être que la partie visible d’un affrontement beaucoup plus profond : celui pour le contrôle du Rdpc dans le Cameroun de l’après-Biya.
Le plus inquiétant pour le parti n’est donc peut-être pas l’existence de rivalités internes. C’est leur transformation progressive en combats fratricides, au moment précisément où il aurait besoin d’afficher sa cohésion.
