Elles n’étaient pas annoncées parmi les favorites. Repêchées, elles ont transformé une seconde chance en triomphe historique. Pendant que les joueuses faisaient bloc sur le terrain, les querelles institutionnelles persistaient autour du football camerounais. Une victoire qui rappelle aux politiques qu’un pays ne peut avancer durablement dans la division et la cacophonie.
Zoom-back sur les leçons une folle épopée…

Cameroun : quand l’union transforme des outsiders en championnes d’Afrique

Par Thomas
Tankou____________

Le Cameroun vient de rappeler que, lorsqu’une équipe accepte de jouer collectif, les miracles cessent parfois d’être des miracles. Ils deviennent le résultat naturel d’une volonté commune.

L’improbable exploit…

Elles n’étaient même pas, au départ, des candidates attendues à la compétition. Écartées à l’issue de la phase éliminatoire, les Camerounaises ont finalement bénéficié de l’élargissement du nombre de participantes décidé par la Confédération africaine de football. Repêchées, elles auraient pu se contenter de participer.
Elles ont choisi de conquérir.
De match en match, les Lionnes ont renversé les pronostics jusqu’à s’installer au sommet du football africain. Leur sacre constitue d’abord une magnifique leçon de résilience : on peut être donné pour battu et finir champion.

Mais derrière le trophée se cache une autre leçon, peut-être plus importante encore : celle de la force du collectif.
Le collectif plutôt que les ego
Sur le terrain, une équipe ne gagne pas parce qu’une joueuse veut être plus importante que les autres. Elle gagne parce que chacune accepte son rôle, fait confiance à sa partenaire et poursuit le même objectif.
Cette vérité sportive paraît élémentaire. Elle devrait pourtant inspirer la classe politique camerounaise.
Car pendant que les Lionnes unissent leurs forces pour défendre les couleurs nationales, les querelles institutionnelles continuent de polluer l’environnement du football. Le vieux bras de fer entre la Fédération camerounaise de football et le ministère des Sports n’a pas disparu. Même l’intervention du Premier ministre n’a pas totalement dissipé les tensions.
Le contraste est saisissant : sur le terrain, elles jouent ensemble ; autour du terrain, les responsables continuent parfois de jouer les uns contre les autres.

Le sempiternel syndrome de la récupération…

À l’heure de la victoire, les images officielles et les discours triomphants risquent cependant de masquer une réalité : tous ceux qui se frappent aujourd’hui la poitrine au nom du succès n’ont pas nécessairement contribué de la même manière à sa construction.
Le succès collectif ne doit pas devenir une propriété individuelle.
Le trophée appartient d’abord aux joueuses, à l’encadrement, à toutes celles et ceux qui ont travaillé dans l’ombre, mais aussi au peuple camerounais qui s’est reconnu dans cette victoire.
Il serait donc dangereux de transformer ce sacre en nouveau terrain de rivalités institutionnelles ou politiques.

La leçon aux politiques…

Les hommes et femmes politiques camerounais devraient regarder attentivement cette équipe.
Le Cameroun est confronté à des défis qui dépassent largement les intérêts personnels, les rivalités de chapelles et les calculs de positionnement. Développement, emploi, éducation, santé, sécurité, cohésion nationale : aucun de ces chantiers ne peut être remporté par une équipe divisée.
Les Lionnes viennent de démontrer qu’un outsider peut devenir champion lorsque les énergies convergent vers un même objectif.
Pourquoi la nation ne pourrait-elle pas appliquer la même recette ?
Il ne s’agit pas de demander aux politiques de penser tous la même chose. Une démocratie a besoin de contradictions et de débats. Mais le désaccord ne devrait jamais empêcher l’action collective lorsque l’intérêt national est en jeu.

Transformer l’exploit en héritage…

Le véritable défi commence maintenant.
Il ne suffit pas de célébrer les Lionnes, de les décorer, de leur promettre des récompenses ou de multiplier les déclarations patriotiques. Il faut tirer de leur victoire une méthode : moins d’ego, davantage de coordination ; moins de querelles, davantage de confiance ; moins de récupération, davantage de travail collectif.
Paul Biya, que le Premier ministre Dion Ngute annonçait la veille désireux d’accueillir les championnes à Yaoundé, devra lui aussi mesurer la portée symbolique de ce sacre.
Les Lionnes ont gagné parce qu’elles ont regardé dans la même direction.
Au Cameroun, le miracle serait peut-être simplement que ceux qui gouvernent, ceux qui contestent et ceux qui ambitionnent de gouverner acceptent, à leur tour, de regarder dans la même direction : celle de l’intérêt national.
Le football vient de donner une leçon à la politique. Reste maintenant à savoir si la politique saura l’entendre.