Affecté dans une localité très enclavée du Noun, par une décision punitive de Mme le ministre le cadre du Mrc a choisi une autre voie pour se venger : celle du service public et de l’engagement. La rénovation d’un lycée dans un piteux état. La reconnaissance de la part du chef du département des enseignements secondaires se fait encore attendre. Évocation…

De la sanction à l’engagement : l’enseignant Tchouafa transforme son affectation disciplinaire en espoir

Par Thomas
Tankou____________

La rénovation du lycée de Manchoutmbi aurait pu être un moment de fierté pour le ministère de l’Enseignement secondaire. Elle aurait surtout pu donner lieu à un geste simple : un communiqué de félicitations à ces Camerounais qui se sont mobilisés pour redonner vie à un établissement longtemps marqué par la vétusté et l’abandon. Mais le silence de Mme Nalova Lyonga interpelle, d’autant plus qu’un acteur central de cette dynamique n’est autre que Jean Bonheur Tchouafa, cadre du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun et enseignant, dont l’affectation à Manchoutmbi avait toutes les allures d’une sanction.
C’est précisément ce paradoxe qui donne à cette affaire une dimension particulière.

L’enseignant envoyé dans cette localité pour des raisons disciplinaires aurait pu se contenter d’attendre une nouvelle affectation. Il a choisi, semble-t-il, de s’investir dans son environnement professionnel et de contribuer à une dynamique dont les premiers bénéficiaires sont les élèves et la communauté éducative en général.
Ainsi, ce qui devait apparaître comme une mise à l’écart se transforme en opportunité pour une communauté scolaire. Le lycée, longtemps laissé dans un état de délabrement, retrouve progressivement de la dignité grâce à une mobilisation populaire.

Le mutisme de Mme Nalova Lyonga qui interroge…

Le plus surprenant demeure l’absence de réaction publique du ministère des Enseignements secondaires. Une institution qui revendique légitimement la responsabilité du fonctionnement des établissements scolaires devrait pouvoir saluer une initiative contribuant à améliorer les conditions d’apprentissage.
Mme Nalova Lyonga aurait pu adresser un simple message de reconnaissance aux auteurs de cet exploit.

Elle aurait surtout pu reconnaître que, même lorsqu’un agent public fait l’objet d’une mesure disciplinaire, son éloignement ne doit pas nécessairement signifier la fin de son engagement professionnel.
Le cas de Jean Bonheur Tchouafa pose donc une question plus profonde : l’administration sait-elle reconnaître la performance lorsqu’elle vient d’un fonctionnaire avec lequel elle a eu des désaccords ?
Si son affectation était effectivement liée à son militantisme politique, alors son parcours à Manchoutmbi constitue un singulier retournement. Une sanction supposée l’éloigner du centre de la scène semble avoir contribué à faire émerger une action dont bénéficie toute une génération d’élèves.
La véritable victoire, ce sont les élèves
Au-delà de la controverse politique, il faut surtout regarder les enfants. Ils ne sont responsables ni des querelles administratives ni des affrontements politiques. Leur seule préoccupation devrait être de disposer d’un établissement décent pour apprendre.
C’est pourquoi le mérite de la rénovation exposée aux intempéries ne devrait pas être récupéré par un camp politique ou un individu. Il appartient d’abord à la communauté éducative.
Mais si Jean Bonheur Tchouafa a effectivement joué un rôle déterminant dans cette dynamique, son travail mérite d’être évalué objectivement. Pourquoi ne pas envisager, sur la base de critères professionnels, sa nomination à la tête de l’établissement ? Une telle décision ne serait pas une récompense politique, mais pourrait constituer la reconnaissance d’un engagement au service de l’école.

Une leçon pour l’administration…

L’affaire de Manchoutmbi rappelle finalement que les sanctions administratives ne doivent jamais faire oublier la vocation première du service public.
Les titres passent, les fonctions changent, les responsables sont remplacés. Les réalisations qui transforment concrètement la vie des citoyens, elles, restent.
Le paradoxe de Manchoutmbi pourrait donc devenir une leçon pour Mme Nalova Lyonga : un enseignant que l’on voulait éloigner peut parfois devenir celui qui redonne espoir à une communauté.
Il serait alors dommage que le ministère reste silencieux face à cette mobilisation. Reconnaître le travail accompli ne diminuerait en rien l’autorité de l’institution. Au contraire, cela montrerait que l’administration sait dépasser les rancœurs et les considérations politiques pour célébrer ce qui compte réellement : l’avenir des enfants.
À Manchoutmbi, l’histoire retiendra peut-être moins l’affectation disciplinaire de Jean Bonheur Tchouafa que ce qu’il aura contribué à laisser derrière lui : un bâtiment rénové et une jeunesse qui retrouve l’espoir.