Face à la montée des violences, des injustices, de la peur et de la vie chère, l’évêque de Bafoussam a profité du pèlerinage diocésain pour lancer un appel au courage et à la responsabilité. Son message dessine les contours d’un véritable Évangile de l’action : dire la vérité, défendre la vie et refuser la résignation.
Monseigneur Lontsi Keune : « la paix ne se prie pas seulement, elle se construit au quotidien »
Par Chimène Etondè Ekwalla___________
Les dérives sociales qui traversent aujourd’hui le Cameroun ne relèvent plus seulement de faits divers isolés. Meurtres, assassinats, violences, injustices, peur, précarité vie chère… dessinent progressivement le visage d’une société fragilisée, où la valeur de la vie humaine semble parfois perdre de son poids. C’est dans ce contexte préoccupant que Mgr Paul Lontsié-Keuné, évêque de Bafoussam, a élevé la voix lors du traditionnel pèlerinage diocésain pour la paix ce 15 août 2026.
La paix ne se décrète pas
Le message du prélat tranche avec les discours qui réduisent la paix au silence des armes ou à l’absence apparente de troubles.
Pour Mgr Lontsié-Keuné, la paix véritable ne peut être imposée par la force, l’intimidation, les menaces ou les démonstrations de puissance. Elle se construit dans la vérité, la justice et la responsabilité collective.
« La paix protège le peuple et le peuple protège la paix » : derrière cette formule se trouve une conception profondément politique et sociale de la paix. Une paix durable n’est pas seulement l’affaire des gouvernants, des forces de défense ou des institutions. Elle concerne chaque citoyen, chaque famille, chaque communauté.
La vérité contre la peur…
L’autre dimension forte du message épiscopal est l’appel à vivre dans la vérité. Dans une société où les rumeurs, les manipulations, les discours de haine et les injustices peuvent nourrir la peur, la vérité devient un acte de courage.
Le prélat rappelle ainsi que celui qui choisit la vérité ne doit pas se laisser enfermer dans la peur, y compris face à la menace de la mort. Cette exhortation prend une résonance particulière dans un environnement marqué par les violences et la banalisation de certaines formes de criminalité.
Dire la vérité, c’est aussi refuser de fermer les yeux. C’est dénoncer l’injustice lorsqu’elle frappe les faibles, défendre la dignité humaine lorsque celle-ci est bafouée et rappeler que nul ne devrait être condamné à subir l’injustice au nom de la résignation.
L’Évangile de l’action…
Mais le message de l’évêque de Bafoussam ne se limite pas à une prédication spirituelle. Il porte les germes d’un véritable Évangile de l’action.
Prêcher la paix, dans ces circonstances, ne signifie pas demander au peuple de rester passif. C’est au contraire l’inviter à devenir acteur de la paix. L’homme de Dieu semble ainsi appeler les chrétiens à transformer leur foi en comportements concrets : défendre la vie, refuser la violence, secourir les plus vulnérables, dénoncer les injustices et reconstruire les liens sociaux.
L’Évangile devient alors une force de transformation sociale. La prière ne remplace pas l’action ; elle doit l’inspirer. La foi ne doit pas servir de refuge face aux problèmes de la société, mais devenir une énergie pour les affronter.
Le courage de ne pas céder
L’appel lancé aux fidèles à garder les yeux fixés sur le Christ, « serviteur de la paix », constitue enfin une invitation à ne pas céder au découragement. Face aux difficultés économiques, aux violences et aux injustices, la tentation de la peur, de la vengeance ou du repli est grande.
Mgr Lontsié-Keuné propose une autre voie : celle du courage, de la vérité et de la responsabilité.
Dans un Cameroun confronté à de profondes tensions sociales, son message dépasse donc les frontières de l’Église. Il interpelle la conscience collective. Car si la paix doit protéger le peuple, le peuple doit également la défendre chaque jour par ses choix, ses paroles et ses actes.
C’est peut-être là le véritable sens de cet Évangile de l’action : ne pas seulement prier pour la paix, mais devenir soi-même un artisan de justice, de vérité et de fraternité.
