La filière cacao est dans le rouge. Les chiffres donnent les vertiges. En une campagne, plus de 61 000 tonnes ont disparu des circuits de commercialisation, les exportations ont chuté de plus d’un tiers et la valeur FOB s’est effondrée à 580,4 milliards de FCfa. Dans les plantations, le climat et les maladies font des ravages. Dans les poches des producteurs, c’est déjà le ramadan financier. Constat…
La campagne 2025/2026 s’achève sur un lourd revers pour les fèves brunes.
Par Thomas Tankou________
Au Cameroun, le cacao ne baisse pas seulement en volume : il recule en valeur, en emplois et en espoir. La campagne 2025/2026 s’est achevée sur une chute spectaculaire de la production commercialisée, révélant une fragilité croissante d’une filière vitale pour des centaines de milliers de ménages agricoles.
Lors d’un forum tenu le 5 août à Yaoundé, les chiffres ont mis fin aux illusions : la campagne a rompu la dynamique attendue.
Un recul net, des pertes qui s’additionnent…
La production commercialisée de cacao a chuté de 19,9 %, passant à 247 914 tonnes métriques contre 309 518 tonnes lors de la saison précédente. Soit une perte de plus de 61 000 tonnes. Le plus inquiétant : ce volume constitue le niveau le plus faible commercialisé en cinq ans.
Et comme souvent dans les crises agricoles, la baisse des quantités entraîne une baisse des recettes. Les récentes données statistiques sont alarmantes. Les exportations reculent de 34,65 %, tandis que la transformation locale souffre également, contrainte par la disponibilité et la régularité de l’approvisionnement. Surtout, la valeur FOB des exportations de cacao et de produits dérivés s’effondre d’environ 59 %**, à 580,4 milliards de FCFA, contre près de 1 400 milliards de FCFA l’année précédente.
Le climat, d’abord : quand le vivant est pris au piège…
Les causes invoquées par les acteurs du secteur mêlent choc et cumul. Les pluies irrégulières et la sécheresse dérèglent le cycle de production du cacaoyer. À cela s’ajoutent les vents violents de l’Harmattan, capables d’abîmer les plants et d’accentuer le stress, ainsi qu’une forte humidité, susceptible de favoriser certaines maladies.
Mais le climat seul n’explique pas tout : les plantations vieillissent, les sols s’appauvrissent et la productivité devient moins robuste face aux variations des saisons.
Une fragilité sanitaire qui coûte cher…
Le signal le plus préoccupant est peut-être celui du “décrochage” agronomique. Du témoignage des producteurs eux-mêmes, les maladies comme le swollen shoot et la pourriture brune fragilisent davantage des cacaoyères déjà affaiblies. Quand les réponses techniques (prévention, contrôle, assainissement) ne suivent pas au même rythme que la progression des maladies, les pertes deviennent durables.
Et pendant que la production recule, les producteurs encaissent moins. Les prix payés à la production oscillent entre environ 700 et 4 300 FCFA/kg, contre une fourchette de 3 210 à 5 400 FCFA/kg en 2024/2025. Autrement dit : le coup vient sur deux fronts—rendement et rémunération.
Une crise de filière, mais aussi une crise sociale…
Les conséquences dépassent la chaîne cacao. En reculant, les exportations amputent les recettes, et la transformation locale tourne moins. Surtout, la baisse des revenus réduit la capacité des ménages à investir : entretien des plantations, renouvellement, achat d’intrants, adoption de pratiques plus résilientes. La crise risque alors de se prolonger, voire de s’auto-renforcer lors des prochaines campagnes.
L’urgence de la résilience et de la rémunération…
La question posée par cette chute de 2025/2026 est désormais claire : comment empêcher que le cacao ne devienne une source de précarité ? Le prochain cap—en 2026/2027—doit conjuguer réhabilitation des plantations, stratégie sanitaire et adaptation climatique, mais aussi une politique de rémunération capable de protéger le producteur quand le climat et les maladies frappent.
Parce qu’au final, derrière chaque tonne perdue, il y a un revenu réduit. Et derrière chaque revenu réduit, il y a un risque : celui de voir reculer toute une économie rurale.
