Après l’implosion du tandem à la tête du pays, le Sénégal se dirige vers une bataille électorale à haut risque. En dissolvant l’Assemblée nationale, le Président de la République veut reprendre le contrôle d’une institution devenue le bastion de son ancien Premier Ministre.
Le Pastef, qui détient 130 des 165 sièges, peut-il conserver sa forteresse parlementaire ?

Diomaye dégaine l’arme fatale : Sonko organise la riposte, rude bataille en perspective

Par Thomas Tankou_________

Le divorce est désormais consommé. Hier alliés indissociables, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko sont aujourd’hui engagés dans une guerre politique dont le prochain champ de bataille pourrait être l’Assemblée nationale.
La dissolution est déjà actée. En quelques jours, les appels se sont multipliés pour demander au chef de l’État de renvoyer les députés devant les électeurs. Barthélémy Dias a publiquement réclamé cette dissolution, tandis que Talla Sylla demande à Diomaye Faye d’envisager cette option dès décembre 2026. C’est désormais fait, le Président de la République vient de dissoudre le Parlement.
Le décor est planté : le président possède le palais ; Sonko possède le Parlement.

LE PARLEMENT, FORTERESSE DE SONKO…

C’est le paradoxe qui empoisonne désormais le pouvoir sénégalais.
Les législatives anticipées de novembre 2024 avaient offert au Pastef une victoire historique : 130 sièges sur 165. Une majorité de près de quatre députés sur cinq, qui avait permis au nouveau pouvoir de disposer d’une force parlementaire considérable.
Mais cette majorité, initialement acquise au service du tandem Diomaye-Sonko, est devenue le principal levier institutionnel de l’ancien Premier ministre.
Après son départ de la Primature en mai 2026, Sonko a été élu président de l’Assemblée nationale. Le centre de gravité du pouvoir s’est alors déplacé : le chef de l’État contrôle l’exécutif, tandis que son ancien allié dispose d’une majorité parlementaire écrasante.
Deux pouvoirs. Deux légitimités. Un seul pays.

LE COUP DE POKER DE DIOMAYE…

Dissoudre est, pour Bassirou Diomaye Faye, un coup de poker.
Le calcul est limpide : casser la majorité parlementaire du Pastef, provoquer de nouvelles élections et tenter de faire émerger une majorité présidentielle autonome.
Mais le pari peut tourner au cauchemar.
Car si Diomaye perd les législatives, il ne récupérera pas le Parlement : il risque au contraire de renforcer Sonko et de transformer ce dernier en véritable contre-pouvoir.
Et si le Pastef conserve ses 130 sièges, ou s’en approche, le verdict politique serait dévastateur pour le président : les électeurs auraient renouvelé leur confiance à Sonko contre Diomaye.

SONKO N’A PAS PEUR…

Le leader du Pastef semble déjà avoir choisi son terrain.
Lors d’un meeting à Linguère, Ousmane Sonko a averti que des législatives anticipées pourraient se transformer en lourde défaite pour le pouvoir. Il se dit convaincu que son parti sortirait victorieux d’une nouvelle confrontation électorale.
Cette assurance s’appuie sur une réalité électorale : le Pastef dispose encore d’une implantation nationale exceptionnelle.
Mais son principal handicap est désormais son bilan.
En 2024, Sonko incarnait l’espoir de la rupture. En 2026, il doit défendre les résultats d’un pouvoir auquel il a lui-même participé.

LE RISQUE DU GRAND BOUM…

Une dissolution pourrait donc provoquer une recomposition totale du paysage politique sénégalais.
Le Pastef pourrait conserver sa majorité, mais il pourrait aussi en perdre une partie au profit d’anciennes forces politiques qui cherchent déjà à revenir dans le jeu.
Pour Diomaye, le scénario idéal serait de récupérer une majorité sans Sonko. Le scénario catastrophe serait tout autre : perdre face au Pastef et transformer son ancien Premier ministre en homme fort incontestable du Parlement.
Dans cette hypothèse, la crise ne serait plus seulement politique. Elle deviendrait institutionnelle.

LE VERDICT DES URNES…

Le Sénégal se retrouve ainsi devant une équation explosive.
En 2024, Diomaye et Sonko avaient remporté ensemble la bataille du changement.
En 2026, ils demandent séparément aux Sénégalais de départager leur rupture.
Mettant ainsi aux voix le divorce entre deux hommes, deux camps et deux visions de l’après-2024.
Et au soir du scrutin, une seule question dominera Dakar :

LE PEUPLE SÉNÉGALAIS A-T-IL CHANGÉ DE CAMP… OU EST-CE DIOMAYE QUI A PERDU LE SIEN ?

Croisons les doigts et attendons…